De l’infiltration à la distillation, récit d’un dérapage contrôlé.

21 avril 2021
Muriel Ide
Partager

Il y en a qui, comme moi, arrivent à la maison et expédient systématiquement leur brassière et leurs bas en passant le pas de la porte. Pieds nus, sans attache, ils amorcent la transition du retour à la maison en douceur. Franck, lui, quand il quitte la clinique de radiologie où il travaille, il monte le son, part le heavy métal et c’est toute une transition qu’il amorce en entrant... à la distillerie où il brasse des affaires et des moûts jusqu’à pas d’heures.

Partager
BEDIRTY

 

Partager

Franck aurait pu choisir de faire de sa passion pour les spiritueux et de son goût des bonnes et belles choses un projet pour sa retraite. Ben non, il a plutôt décidé de se lancer dans un rêve des plus fous : produire le meilleur whisky au monde avec des ingrédients québécois, rien que ça! Et comme il ne fait pas les choses à moitié Franck, ben devine? Il a parti sa propre distillerie dans le coin de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Avant de faire du whisky tu dois maîtriser quelques affaires, c’est comme pour les préliminaires si tu veux bien faire, faut pas brûler les étapes. Franck a décidé de sortir de sa zone de confort et de troquer le sarrau pour l’alambic. Et voilà! Pour commencer, il y aura les gins.

«Fifty Is the New Thirsty»

Le démon de midi ne l’a pas surpris, culotte baissée dans le tournant d’une double vie, non, non. Il a plutôt accéléré les choses lorsqu’à la suite d’une rupture, l’appel de la liberté s’est fait entendre plus fort que pour Ulysse en pleine Odyssée. Et c’est pas l’appel de la mer qui est arrivé à ses tympans décapsulés, mais plus celui de l’amer, style gin tonic, sirènes en sus si affinités. Un premier gin BeOrigin est né pour faire écho à son épopée. Puis un second le BeDirty pour faire écho à son virage ou plutôt son dérapage contrôlé. Après tout s’est accéléré très vite.

Le goût du risque et la soif de vivre

Soif il a toujours eu. De vivre plutôt que d’ivresse. Et la vie lui a bien rendu. À l’école c’est facile pour lui, la carrière de radiologue interventionniste​ ​s’impose. C’est un défi à sa mesure, c’est valorisant (dans tous les sens du mot), et puis, soulager le mal, une procédure à la fois; y’a pas de mal à ça. Au contraire, ses patients sont reconnaissants, ça crée des liens et une discipline de vie.

T’infiltres comme tu distilles, avec exactitude et attitude.

Le goût du risque aussi il l’a toujours eu. Vitesse, femmes, spiritueux, Franck a le vice plutôt facile​ ​et je cite «je réalise mes vices à la perfection». Perfectionniste Franck? Si peu... s’il sort de sa zone de confort, c’est pour acheter une terre agricole et y faire cultiver du grain pour distiller ses propres alcools. Le blé d’hiver est planté quand tous les autres sont engrangés, en plein octobre. Et si les agriculteurs le boudent, c’est parce que le risque qu’il ne produise pas est grand. Franck lui, n’est pas dans le champ, sauf pour espérer y voir pousser un blé plus marginal que lui.

Sueur et succès

Une commande à la SAQ, puis deux, puis trois, et puis juste le choix de se rapprocher de son rêve le plus alambiqué, un flacon à la fois. Mais il n’y a pas que les commandes qui se multiplient : plaisir, savoir-faire et savoir-vivre sont de l’équation. Franck et ses chums conjuguent le plaisir de travailler fort à celui des virées en moto et des concerts: Tool, GodSmack et Rob Zombie défilent au même rythme que les bouteilles sur la chaîne de production. C’est sûr que côté répertoire ça change de la musique des salles d’attente... Mais après tout, en médecine on est les premiers à constater que la vie est courte et qu’il faut savoir en profiter. Franck a juste adapté la prescription à sa réalité. Avec cette double vie, diurne à la clinique et nocturne à la distillerie, Franck a-t-il des inquiétudes? Peur de mourir? Non. Peur de vivre? Non plus. Seulement peur de ne pas suffire à la demande et peur du fisc et que ça s’arrête.

Franck Sergerie
Distilleries Vice&Vertu 
Produits disponibles en SAQ