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Cuvée réZin 2006 |
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La peinture comme une lutte
De l’insatisfaction
considérée comme un des beaux-arts : Marc Leduc dévoile
ses œuvres, témoignages d’un univers saisissant et
poétique.
par Martine Boisvert
Quand l’œuvre naît du chaos
Dans l’appartement de Marc Leduc, qui est aussi son atelier,
chaque détail accroche l’œil. Affiches, sculptures,
épreuves de bandes dessinées et photos ponctuent
l’espace, comme autant d’objets empreints de gravité et
d’humour. L’environnement constitue l’extension
naturelle de l’œuvre ou en est la source d’inspiration,
selon le moment. « J’aurais aimé que tu voies le lieu en
phase de production. C’est tellement beau ici… On a de la
misère à marcher, tout traîne. » Dans cet espace que
Marc Leduc aime qualifier de petite roulotte, les bonnes idées
naissent du désordre. L’artiste le sait et les provoque
volontiers. Il explique ne pouvoir commencer à peindre tant que la
surface de travail n’est pas couverte de matière. Divers
objets trouvent ainsi leur place sur le tableau, mais ce sont papiers et
imprimés divers qui collés sur la surface de bois, en
constituent la couche de base. Le canevas ainsi créé inspire
l’artiste dans les étapes à suivre. Un procédé
tout simple contribue à l’amorce créative :
l’étalage au sol de grande quantité de papier, dont la
fonction première (protection), finit par disparaître au
profit du tableau. À force de passage, le papier s’use et de
petits mondes se créent; l’artiste les saisit. « Les
sections salies ou colorées de peinture, je les arrache et je les
colle sur mon tableau. Elles me guident, selon l’étape du
travail. »
Ces jalons menant au tableau final sont
multiples, parfois répétitifs, et souvent synonymes de
renoncement. Devant la difficulté à entreprendre, il admet
volontiers : « Si tu ne commences pas, rien ne va se passer. Et
même quand tu commences, avant que le procédé devienne
vraiment cool, et que tu ne sois plus capable d’arrêter, il
se passe plusieurs phases vraiment boring. Pourtant, quand ça
marche, c’est tellement le fun, c’est tellement
hallucinant… Il n’y a plus rien d’autre qui compte. »


Fly, 2006 60 x 70 cm
Marc Leduc insiste sur l’importance du dépassement, et la
nécessité d’éviter les zones de confort : « Il
y a toujours une petite voix qui me dit scrape-moi ça. Je dois me
forcer à pousser plus loin. Je vis plusieurs moments
d’euphories, où le tableau me plaît tel qu’il est,
mais je sais que j’obtiendrai satisfaction plus loin. Il faut se
péter la gueule. C'est tellement jouissif, parce que tu te
rends là où tu ne pensais même pas aller. » Le
dépassement est donc le moteur de la démarche de
l’artiste, et s’apparente au deuxième souffle du
coureur de fond. Il avoue devoir souvent se forcer à y mettre un
terme. « Je pourrais continuer. Et je recommence souvent. La
plupart du temps, il y a deux, trois peintures derrière le travail
fini. »
Les hasards heureux L’inspiration prend des formes diverses
et parfois étonnantes. Séduit par ces petits riens qui font le
charme de l’existence, Marc Leduc parle avec enthousiasme du
processus créatif l’ayant guidé pour une série de
toiles, présentées dans le cadre des vingt ans du bar Le
Cheval blanc. « L’idée m’est venue en buvant une
bière sur place un soir. Je voyais tout le temps des petits bouts
de papiers griffonnés traîner près de la caisse. Ce sont
les bar bills; les employés les jetaient… Je leur ai
demandé de me les garder, en leur précisant de ne rien changer
à leurs habitudes. » Ces petits instantanés, de prime
abord insignifiants, fascinent l’artiste. « C’est une
habitude de plancher. Sur chaque bar bill, le serveur indique le nombre
de bières consommées, et certains détails
supplémentaires servant à identifier le client :
“casquette rouge”, “fenêtre ”,
“couple gentil”, “deux gars ”; le tout
agrémenté de gribouillis inconscients. J’ai
décidé de m’en servir comme fond de tableau. »
L’effet est impressionnant : masquées en certains endroits
par la peinture, à peines dévoilées derrière des
morceaux de papier de soie ou alors bien visibles, les phrases
deviennent motifs, textures. Le bleu du stylo à bille est
rehaussé par des jus dilués, des effets de collages. Des
visages et des formes apparaissent. « J’aime me retrouver
devant un chaos total et tomber sur de petits repères. Ma
démarche est vraiment maniaque, mais j’aime ça.
J’ai toujours besoin d’en mettre. »
En vrac Bien que la peinture soit sa principale occupation, Marc
Leduc se consacre parallèlement à d’autres projets. Il a
entre autres réalisé les quatre pochettes des disques du
chanteur Urbain Desbois. « Urbain (Luc Bonin) arrivait avec
quelques idées en lien avec le titre de l’album, et de mon
côté, je faisais plusieurs propositions. Bien que je sois plus
à l’aise avec la peinture, j’aime vraiment le dessin,
c’est une technique qui me pousse à être plus
minimaliste. » Il a également illustré le recueil de
poésie de Maxime Catellier, Bancs de neige, publié
récemment aux éditions L’Oie de Cravan. «
J’ai travaillé à l’encre, au crayon de cire, au
fusain, en essayant de saisir le mood des textes, et en tentant de leur
rendre justice. » Leduc affirme avoir sensiblement la même
démarche, indépendamment de la technique utilisée.
Lorsqu’il est question d’Hors d’œuvre, pièce
au fort pouvoir métaphorique ayant été choisie pour
illustrer le rouge de la cuvée 2006, l’artiste avoue
préférer ne pas verser dans le symbolisme ni la franche
figuration. « Je ne me trouve pas très bon là-dedans.
J’aime qu’il se passe des choses dans le tableau, sans que
ce soit trop narratif. C’est plutôt l’ambiance que
j’essaie de saisir. Cela dit, je suis très content du
résultat de l’étiquette! »
Marc Leduc présentera les œuvres de sa prochaine production
à la Galerie Espace Robert Poulin, du 18 septembre au 12 octobre 2008.
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